Licenciement pour inaptitude : l’erreur qui vous coûte cher

Publié le

par Jean-Philippe Marcon

Licenciement pour inaptitude : l'erreur qui vous coûte cher

Un salarié déclaré inapte par le médecin du travail, c’est une situation délicate. Mais l’erreur la plus fréquente est de croire que l’inaptitude justifie à elle seule un licenciement rapide. En réalité, la procédure est truffée d’obligations. Les oublier expose l’entreprise à des dommages-intérêts équivalant à plusieurs mois de salaire. Selon un rapport du ministère de la Justice de 2025, 18 % des contentieux prud’homaux en France portent sur ce motif. Et dans 63 % des cas, l’employeur est condamné. Voici les pièges qui coûtent le plus cher.

La visite de reprise : un préalable que l’on néglige trop souvent

Un arrêt maladie de plus de 30 jours (ou de 60 jours si l’arrêt a débuté après le 1er avril 2022) impose une visite médicale de reprise. C’est également le cas pour un accident du travail de plus de 30 jours, une maladie professionnelle ou un congé maternité. L’employeur doit organiser cette visite dans les huit jours suivant la reprise effective du salarié.

Licenciement pour inaptitude : l'erreur qui vous coûte cher
Licenciement pour inaptitude : l’erreur qui vous coûte cher

Beaucoup d’entreprises oublient de convoquer le salarié par lettre recommandée avec accusé de réception. Or, c’est à l’employeur de prouver qu’il a bien sollicité la visite. En cas de retard ou d’absence, les tribunaux considèrent qu’il y a nécessairement un préjudice pour le salarié, ouvrant droit à des dommages-intérêts.

Un point encore plus critique : seul le médecin du travail peut déclarer une inaptitude. Un certificat du médecin traitant ne vaut rien juridiquement. Licencier sur cette seule base, c’est prendre le risque d’une requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse. La Cour de cassation l’a rappelé dans un arrêt du 13 mars 2024 (n°22-17.582).

L’obligation de reclassement : une recherche qui doit être sérieuse

Avant d’envisager un licenciement, l’employeur doit chercher un autre poste pour le salarié inapte. Ce n’est pas une simple formalité. La loi impose une recherche de reclassement loyale, qui doit prendre en compte les conclusions écrites du médecin du travail.

Les cinq critères d’une recherche valable

  • Périmètre : tous les postes disponibles dans l’entreprise, mais aussi dans le groupe, quelle que soit la localisation en France.
  • Équivalence : un poste aussi comparable que possible, mais un poste de catégorie inférieure peut être proposé si aucun équivalent n’existe.
  • Aménagements : transformation d’un poste existant, adaptation des horaires ou du temps de travail.
  • Télétravail : depuis une jurisprudence de juin 2023 (Cass. soc., n°21-23.745), le télétravail peut constituer un aménagement de poste.
  • Formation : l’employeur doit envisager des actions de formation pour permettre au salarié d’occuper un autre emploi.
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Si l’avis d’inaptitude mentionne que le maintien du salarié dans l’entreprise est dangereux, l’employeur peut être dispensé de cette recherche. Mais c’est une exception rare. Dans 42 % des contentieux, c’est l’insuffisance de la recherche de reclassement qui entraîne la condamnation de l’employeur.

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Le délai d’un mois : une obligation de reprendre le salaire

Une fois l’avis d’inaptitude rendu, l’employeur dispose d’un mois pour reclasser le salarié ou engager la procédure de licenciement. Passé ce délai, il doit reprendre le versement du salaire. Cette obligation ne peut être ni prorogée, ni suspendue. L’employeur ne peut pas non plus proposer de prendre des congés payés pour y échapper.

“Si le reclassement ou le licenciement pour inaptitude n’a pas eu lieu au bout d’un mois à compter de la date de l’examen médical de reprise, l’employeur doit reprendre le paiement du salaire.”

Certaines entreprises pensent pouvoir attendre plus longtemps sans payer. C’est une erreur qui alourdit la facture en cas de contentieux.

Les indemnités : ne pas confondre inaptitude professionnelle et non professionnelle

Le montant des indemnités varie selon l’origine de l’inaptitude. Une confusion fréquente conduit à sous-payer le salarié, ce qui est immédiatement sanctionné par les prud’hommes.

Licenciement pour inaptitude : l'erreur qui vous coûte cher
Licenciement pour inaptitude : l’erreur qui vous coûte cher
Critère Inaptitude professionnelle (AT/MP) Inaptitude non professionnelle
Indemnité de licenciement Double de l’indemnité légale Indemnité légale classique
Indemnité compensatrice de préavis Oui (même si non exécuté) Non
Obligation de reclassement Renforcée Standard

Dans le cas d’une inaptitude professionnelle, l’employeur doit verser une indemnité compensatrice de préavis, même si le salarié ne peut pas travailler pendant cette période. L’oublier, c’est s’exposer à une condamnation pour non-paiement des indemnités de licenciement.

Consulter le CSE avant de proposer un poste de reclassement

Avant de soumettre une offre de reclassement au salarié, l’employeur doit consulter le Comité social et économique (CSE). Cette étape est souvent négligée, surtout dans les petites structures. Pourtant, l’avis du CSE est obligatoire. Son absence peut invalider toute la procédure de reclassement et, par ricochet, le licenciement lui-même.

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Le CSE doit être informé des postes disponibles et des aménagements possibles. Même si son avis n’est que consultatif, la consultation doit être réelle et documentée.

Les salariés protégés : une procédure spécifique à ne pas ignorer

Les représentants du personnel, les délégués syndicaux et les conseillers prud’homaux bénéficient d’une protection renforcée. En cas d’inaptitude, l’employeur ne peut pas les licencier sans obtenir l’autorisation de l’inspection du travail. Ignorer cette règle expose à une nullité du licenciement et à des dommages-intérêts très lourds.

La procédure est plus longue : il faut solliciter l’autorisation avant d’engager le licenciement, même si l’avis d’inaptitude est déjà rendu. Beaucoup d’employeurs pressés oublient cette étape et le paient cher.

Ne pas justifier l’impossibilité de reclassement

Si l’employeur estime qu’aucun poste de reclassement n’est possible, il doit le justifier par écrit. Une simple affirmation ne suffit pas. Il faut démontrer qu’aucun poste n’est disponible, ou que les aménagements nécessaires sont impossibles techniquement ou financièrement.

Les tribunaux examinent cette justification de près. Si elle est jugée insuffisante, le licenciement est requalifié en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Le coût moyen d’une condamnation pour ce motif est de 8 à 12 mois de salaire brut, hors frais d’avocat.

Ce qu’il faut retenir pour sécuriser la procédure

Le licenciement pour inaptitude n’est pas une simple formalité administrative. Chaque étape doit être documentée et respectée scrupuleusement. Si vous êtes employeur, ne négligez pas la visite de reprise, la recherche de reclassement, la consultation du CSE et le paiement des indemnités. Une seule omission peut transformer un licenciement légitime en une condamnation coûteuse. Avant d’agir, prenez le temps de vérifier chaque point avec un conseil juridique spécialisé. C’est le meilleur moyen d’éviter une facture qui pourrait dépasser largement le coût d’un reclassement bien mené.

Jean-Philippe Marcon
à propos de l'auteur, Jean-Philippe Marcon
Picard depuis mon enfance, à l’issue de mes études de journalisme j'ai décidé de communiquer autour du beau département de l'Aisne, mais je me suis rapidement intéressé à toutes sortes d'actualités que je partage sous un axe très personnel.

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