Licenciement pour faute grave : avez-vous droit au chômage ?

Publié le

par Jean-Philippe Marcon

Licenciement pour faute grave : avez-vous droit au chômage ?

Perdre son emploi pour une faute grave soulève une inquiétude légitime : vais-je toucher le chômage ? Contrairement à une idée reçue tenace, la réponse est oui, à condition de remplir les conditions classiques d’ouverture des droits. Le motif du licenciement, même s’il est lourd de conséquences sur les indemnités versées par l’employeur, n’a pas d’impact direct sur l’éligibilité à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE). Ce qu’il faut comprendre, c’est la différence entre ce que vous perdrez immédiatement et ce que France Travail pourra vous verser ensuite.

Qu’est-ce qu’une faute grave exactement ?

La faute grave se définit par un agissement du salarié qui rend impossible son maintien dans l’entreprise, même pendant la durée du préavis. L’employeur n’a pas besoin de prouver une intention de nuire (contrairement à la faute lourde), mais il doit démontrer que la situation est intenable à court terme. Concrètement, cela peut concerner des actes comme des injures proférées envers un collègue, un vol avéré, des violences sur le lieu de travail, un harcèlement avéré ou une insubordination caractérisée.

Licenciement pour faute grave : avez-vous droit au chômage ?
Licenciement pour faute grave : avez-vous droit au chômage ?

La qualification de la faute n’est pas automatique. Un même comportement peut être jugé « faute simple » ou « faute grave » selon le contexte : l’ancienneté du salarié, ses fonctions, le caractère répétitif ou non de l’acte. L’employeur doit apporter des preuves solides. Si les faits sont contestés, c’est le conseil de prud’hommes qui tranchera. En attendant, la procédure prévoit souvent une mise à pied conservatoire : votre contrat est suspendu, vous ne travaillez pas et vous n’êtes pas payé pendant cette période. Et vous ne pouvez pas non plus percevoir le chômage durant cette suspension.

Les conséquences immédiates pour le salarié

  • Pas d’indemnité de licenciement : contrairement à une faute simple, vous ne percevez aucune indemnité légale ou conventionnelle de licenciement.
  • Pas de préavis : le contrat est rompu immédiatement. Vous n’effectuez pas votre préavis et ne percevez pas d’indemnité compensatrice de préavis.
  • Solde de tout compte : vous recevez uniquement le salaire dû jusqu’au jour de la rupture (au prorata) et l’indemnité compensatrice de congés payés non pris.

Ces pertes financières sont réelles. Mais elles n’ont rien à voir avec le droit au chômage, qui relève d’une autre logique : celle de l’assurance perte d’emploi involontaire.

Les conditions pour toucher le chômage après un licenciement pour faute grave

France Travail (ex-Pôle Emploi) ne se substitue pas à l’employeur. L’organisme examine si vous êtes involontairement privé d’emploi et si vous remplissez les critères d’ouverture des droits. Le motif de la rupture n’est pas un filtre. Les conditions sont les mêmes que pour tout autre licenciement :

  1. Durée de travail minimale : avoir travaillé au moins 6 mois (130 jours ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois (36 mois si vous avez 55 ans ou plus).
  2. Inscription à France Travail : vous devez vous inscrire dans les 12 mois suivant la perte de votre emploi. Sans inscription, pas d’allocation.
  3. Recherche active d’emploi : vous devez justifier d’une recherche effective ou suivre une formation validée dans votre contrat d’engagement.
  4. Âge de la retraite : ne pas avoir atteint l’âge et le nombre de trimestres requis pour une retraite à taux plein.
  5. Aptitude physique : être apte à travailler. Si vous êtes licencié pour inaptitude, votre inscription peut être refusée si France Travail estime que vous n’êtes pas en état de reprendre un emploi.
  6. Résidence : habiter en France métropolitaine, dans un DROM (sauf Mayotte) ou une partie des COM.
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Tableau comparatif des droits selon le type de faute

Type de licenciement Indemnité de licenciement Indemnité de préavis Droit au chômage (ARE)
Faute simple Oui (sous condition d’ancienneté) Oui (préavis effectué ou compensé) Oui
Faute grave Non Non Oui
Faute lourde Non Non Oui

Attention : en cas de faute lourde, l’employeur peut vous réclamer des dommages-intérêts si votre acte lui a causé un préjudice. Mais cela n’affecte pas votre droit à l’ARE, tant que vous remplissez les conditions d’ouverture.

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Les erreurs qui peuvent vous priver du chômage

Si le motif de licenciement n’est pas un obstacle, d’autres pièges peuvent vous faire perdre vos droits. Le premier est le délai d’inscription. Vous avez un an pour vous inscrire à France Travail après la rupture de votre contrat. Passé ce délai, vous perdez toute possibilité d’indemnisation pour cette période.

Le deuxième piège est la démission suivie d’un licenciement pour faute grave. Certains salariés pensent qu’en provoquant un licenciement, ils obtiendront le chômage plus facilement. C’est risqué : si l’employeur prouve que vous avez démissionné puis commis une faute pour accélérer la rupture, France Travail peut requalifier la situation en abandon de poste volontaire, ce qui ferme la porte à l’indemnisation.

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Licenciement pour faute grave : avez-vous droit au chômage ?
Licenciement pour faute grave : avez-vous droit au chômage ?

Enfin, si vous contestez votre licenciement devant les prud’hommes, cela n’interrompt pas le calcul de vos droits. Vous pouvez percevoir le chômage pendant la procédure. Si vous gagnez et que le licenciement est requalifié en licenciement sans cause réelle et sérieuse, vous obtiendrez des dommages-intérêts, mais cela ne remet pas en cause les allocations déjà perçues.

Comment faire la demande d’allocation chômage après une faute grave ?

La procédure est la même que pour tout licenciement. Dès la notification de la rupture, vous devez :

  • Obtenir votre attestation employeur (document Pôle Emploi remis par l’employeur).
  • Vous inscrire sur le site de France Travail dans les 12 mois.
  • Déclarer votre situation et fournir vos bulletins de salaire des 24 derniers mois.

L’employeur a l’obligation de vous remettre cette attestation, même en cas de faute grave. S’il ne le fait pas, vous pouvez le mettre en demeure par lettre recommandée. Sans ce document, France Travail ne peut pas calculer vos droits.

Le montant de l’ARE est calculé sur la base de vos salaires antérieurs, pas sur le motif du licenciement. Il n’y a pas de malus pour faute grave. En revanche, le délai de carence (période avant le premier versement) peut être allongé si vous avez perçu des indemnités de congés payés ou des indemnités de rupture conventionnelle (mais dans votre cas, il n’y a pas d’indemnité de licenciement).

Ce qu’il faut retenir avant d’agir

Le licenciement pour faute grave n’est pas une condamnation à vivre sans ressources. Vous conservez le droit au chômage, à condition de respecter les règles classiques d’inscription et de recherche d’emploi. Ce que vous perdez, ce sont les indemnités versées par l’employeur : pas de préavis, pas d’indemnité de licenciement. Cela peut représenter plusieurs milliers d’euros, mais cela n’empêche pas l’ouverture de vos droits à l’ARE.

Si vous contestez la réalité de la faute grave, engagez une procédure prud’homale. En attendant, inscrivez-vous rapidement à France Travail pour ne pas perdre le bénéfice de l’allocation. Ne laissez pas passer le délai d’un an, c’est la seule vraie date butoir à retenir. Et si vous hésitez sur vos droits, consultez un conseiller France Travail ou un avocat spécialisé en droit du travail : un conseil personnalisé vaut mieux qu’une interprétation hasardeuse des textes.

Jean-Philippe Marcon
à propos de l'auteur, Jean-Philippe Marcon
Picard depuis mon enfance, à l’issue de mes études de journalisme j'ai décidé de communiquer autour du beau département de l'Aisne, mais je me suis rapidement intéressé à toutes sortes d'actualités que je partage sous un axe très personnel.

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