L'Axonais

Courrier aux lecteurs

Publié dans le premier numéro de L’Axonais, le 22 mai 2014

 

Ami lecteur,

Permets que je te tutoie car tu appartiens à une rare et belle corporation : celle des lecteurs de journaux. Avec un peu de chance, les techniques ayant progressé à l’heure du tout numérique, tu ne devrais pas avoir les mains sales en arrivant au bout de nos 48 pages. Tu pourras même te lécher le bout des doigts car les encres aujourd’hui sont alimentaires, mais, c’est comme pour le reste, il ne faut pas en abuser.

Si tu as ce journal entre les mains, c’est que soit tu l’as emprunté (ce qui est moins bien), soit tu l’as acheté, et c’est formidable. Cela veut dire que tu fréquentes encore ces héros des temps modernes que sont les marchands de journaux, qui sont levés à pas d’heure et couchés plus tard encore. Ces kiosquiers, ces vendeurs de gazettes, de canards, de feuilles de chou, qu’ils soient kiosquiers, marchands de tabac, boulangers ou supérettes contribuent au lien social de la nation. Que leur contribution à la paix entre les peuples du monde soit ici saluée.

Cher lecteur, je vais te révéler un secret. Ce journal que tu tiens entre tes mains, personne au monde ne sait que tu es en train de le lire. Ton voisin de table, de chambrée, de bureau, ceux qui sont directement à tes côtés, peut-être, mais personne d’autre.

Ni Obama, ni les services secrets américains, anglais, allemands, russes ou chinois, et encore moins les fameuses grandes oreilles de notre République française ne savent que tu dévores des yeux ce journal. Tu as entre les mains un samizdat qui échappe au regard universel d’internet. Tu es seul à découvrir ces lignes, tu n’es pas branché malgré toi, au bout de ton écran, à un big brother, qui relève tous tes faits et gestes, qui vérifie le temps que tu restes sur tel ou tel article. Qui note soigneusement tes centres d’intérêt, et, comme par hasard, en profite pour t’envoyer des messages ciblés à vocation mercantile.

Avec L’Axonais, tu échappes à la grande loi de la surveillance universelle (et même, si tu veux que l’illusion soit complète, achète en même temps chez ton marchand de journaux favori, un autre journal, Le Monde, Maisons et Jardins, Lui, Le Chasseur Français… dans lequel tu glisseras subrepticement ton Axonais hebdomadaire…).

Donc, cher lecteur, ne cherche pas le contenu de L’Axonais sur internet. Il n’y est pas. L’Axonais ne se trouve et ne s’achète que chez les marchands de journaux (car c’est quand même un peu gonflé de demander aux diffuseurs de vendre un titre que par ailleurs on donne gratuitement…).

C’est que l’Aisne est une terre de presse et d’hebdos.
Souviens-toi de ce bel été 1785 quand Abel Beffroy de Reigny fit paraître, à Laon, le fameux périodique Les lunes du cousin Jacques dont les archives du département conservent quelques exemplaires.
Lui aussi craignait la censure et plutôt que de parler des événements de 1785 ! il se plaisait à imaginer des lunes où vivaient des despotes très peu éclairés et des citoyens avides de liberté. Cela ne l’empêcha pas d’être lourdement condamné par la Justice de son temps.

Souviens-toi aussi de L’Argus Soissonnais, publié de 1832 à 1944, et qui fit bien, à cette dernière date, de ne pas reparaître sous la même forme.

Mais ce n’est pas tout. Si l’Aisne est une terre de presse, c’est que dans le nord du département (dans la carte ci-dessous, c’est la partie grisée) cohabitent quatre hebdomadaires régionaux !

L’Aisne Nouvelle qui de tri-hebdomadaire est passé à quadri-hebdomadaire. Le Courrier-La Gazette d’Hirson, La Thiérache et surtout, à Vervins, Le Démocrate de l’Aisne, fondé en 1906 par Pascal Ceccaldi, qui était un drôle de lascar, et qui est le dernier journal de France à encore être imprimé au plomb !
Dans ce paysage médiatique, comme on dit aujourd’hui, varié et concurrentiel, n’oublions pas les deux quotidiens L’Union et Le Courrier Picard, n’oublions pas non plus les innombrables revues des collectivités locales, Région, Département, Communautés de communes, communes, qui distribuent gratuitement des magazines de propagande que vous avez chèrement payée de vos deniers, dans ce paysage foisonnant, disais-je, L’Axonais va essayer de trouver sa place en jouant tout simplement son rôle de presse libre et indépendante.

Premièrement, on ne vous bassinera pas avec des éditos. Celui-ci est le premier et le dernier. Le citoyen n’a pas besoin de L’Axonais pour savoir quoi penser.

En revanche, le citoyen-lecteur trouvera dans L’Axonais la relation des faits qui pourront éclairer ses opinions.
L’Axonais relatera en détail les affaires judiciaires car ce sont les Français qui votent les lois et ce sont les juges, qui en dernier ressort, les appliquent.

L’Axonais sera présent sur tous les événements graves et difficiles qui émaillent la vie d’un département car c’est son rôle. Il y aura des petits animaux de compagnie écrasés et de grands malheurs. Le rôle d’un journal est d’être présent et de tout dire avec respect et prudence mais sans prendre le lecteur pour un demeuré.

Je donne deux conseils aux journalistes :
-  écrivez comme si vous racontiez une histoire à un ami au bistro, allez directement au but, soyez simple et direct ;
-  écrivez comme si vous rapportiez un événement au préfet du département, il n’a rien à faire de vos états d’âme, il veut des faits et des infos.

Cher lecteur, si vous êtes arrivé au bout, je vous dois le respect et le vouvoiement. Alors longue vie à vous et à nous.

Vincent Gérard
Directeur de la publication